Ordination de 8 diacres permanents

  • Mise en ligne : 06/10/2018
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Samedi 6 octobre 2018, en la Cathédrale Notre Dame de la Treille, homélie de Mgr Laurent Ulrich, Archevêque de Lille

Lectures : Nb 11,21-30 ; Ps 118,65.71.75.91.125.130 ; Rm 12,4-8 ; Lc 10,17-24.

Au cours de leur marche au désert, alors qu’ils vivent comme des nomades en campement, les Hébreux font l’expérience du soutien et de l’accompagnement du Seigneur à leur égard. On ne sait pas bien où l’on va, on est parfois découragés, le peuple est nombreux (600 000 est à l’évidence un chiffre astronomique !) et les problèmes qui le traversent sont trop pour un seul homme – Moïse. Alors celui-ci, avec l’aide du Seigneur choisit 70 collaborateurs pour être ses adjoints : des conseillers peut-être, des porte-parole certainement, des juges de paix aussi. Des serviteurs du peuple et des interprètes de la parole du Seigneur.

Quelle belle démarche, quelle confiance de Dieu et de Moïse à l’égard de ceux-ci, à l’égard du peuple tout entier ! Moïse ne sera plus seul à le porter, le peuple tout entier est même invité à devenir interprète de Dieu. Devenir tous des prophètes de la part de Dieu, cette invitation est plusieurs fois énoncée dans les Écritures : ici, dans ce livre des Nombres, puis dans le livre du prophète Joël, ce dernier texte étant repris et cité dans les Actes des Apôtres (2,17) à l’occasion du discours de Pierre devant la foule réunie à Jérusalem le jour de la Pentecôte : « Il arrivera que je répandrai mon Esprit sur toute créature, vos fils et vos filles prophétiseront, vos jeunes gens auront des visions et vos anciens auront des songes. »

Dans l’évangile de Luc que nous venons d’entendre, ce sont 72 disciples que Jésus envoie en mission, en complément des 12 apôtres au chapitre précédent. Luc est le seul évangéliste à citer cet envoi d’un deuxième groupe, dans des termes assez semblables au premier : mission temporaire ou plus durable ? On ne saurait conclure … S’ils reviennent vers Jésus, c’est plutôt pour faire étape, pour rendre compte au Seigneur de ce qu’ils ont déjà fait, et surtout de ce qu’ils ont vu de l’œuvre de Dieu. C’est le temps de la relecture, comme on dit aujourd’hui; le temps de l’action de grâce ; le temps de la prière, avant de repartir, assurés de la présence proche de Jésus qui les accompagnait lorsqu’ils étaient en mission : « Je regardais Satan tomber du ciel comme l’éclair. »

Ainsi Paul peut-il, avec juste raison, montrer la vie de l’Église comme un organisme vivant, avec ses divers membres et ses articulations, ses ministres et les différents dons ou charismes qui sont nécessaires pour remplir toute la mission : prophétiser – c’est-à-dire parler au nom du Seigneur, servir, enseigner, réconforter, donner, diriger, pratiquer la miséricorde. Bien sûr, chacun a sa mission propre, mais chacun a aussi conscience qu’il lui faut participer à sa façon à toutes ces tâches nécessaires : tout le monde ne sait pas forcément proclamer la Parole de Dieu devant le peuple, et tout le monde n’est pas fait pour diriger ou enseigner, mais toute vie consacrée au Seigneur par le baptême dans la foi devient parlante, par la parole personnelle, comme par le service des autres, et la pratique de la miséricorde. Quelques uns sont choisis pour que tous deviennent des témoins.

À partir de ces passages de l’Écriture que nous venons d’entendre, nous pouvons retirer plusieurs enseignements pour la situation présente, et dans le contexte de l’ordination de huit diacres permanents pour le diocèse de Lille.

Le premier se trouve dans l’ordre de la foi : Luc insiste pour dire que, pendant la mission des 72, Jésus voyait Satan – l’adversaire, c’est le sens de ce nom – tomber comme l’éclair au passage des messagers. Et l’évangéliste ajoute : «ne vous réjouissez pas de ce que les esprits vous soient soumis, mais réjouissez-vous surtout de ce que vos noms sont inscrits dans les cieux.(…) Père, ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits!» Tout cela est écrit au présent et non pas au futur. Le royaume de Dieu ne commence pas plus tard, dans un avenir hypothétique ou mythique, mais dès son annonce, dès maintenant, dès le moment où il est accueilli dans le cœur des hommes ; alors, il commence à grandir, et on peut commencer à le regarder. Chers amis qui allez recevoir dans quelques instants l’ordination de diacre, vous avez déjà commencé à voir le Royaume de Dieu grandir quand vous avez pris pour vous-mêmes la parole de Dieu et qu’elle a commencé de vous habiter, de vous transformer. Et vous frères et sœurs, vous voyez aussi grandir le Royaume de Dieu au milieu de l’humanité, non pas seulement en raison de l’admiration amicale que vous portez à ceux qui vont être ordonnés ainsi qu’à leur épouse, mais en prêtant attention à toutes ses manifestations déjà visibles dans le service des autres, le don de soi, le réconfort et le pardon: ce sont autant d’occasions d’annoncer la parole de bienveillance du Seigneur qui dit que chacun est aimé de Dieu.

Le deuxième enseignement que nous retirons se situe dans l’ordre de l’espérance. Il s’agit de ne pas avoir peur dans les situations que nous traversons. Les 72 figurent symboliquement, nous disent les commentateurs, toutes les nations connues, donc l’univers auquel s’adresse l’évangile du salut. C’est aussi une autre manière de dire que toutes les situations historiques se rencontrent et se rencontreront lorsque l’on annonce l’évangile ; ce que souligne encore plus clairement l’affirmation de Jésus : « absolument rien ne pourra vous nuire. » Les guerres, les persécutions sont courantes : elles ne peuvent pas arrêter la mission et le témoignage ; mais existent aussi les lourdes épreuves nées de contre-témoignages évidents et des soupçons qui s’ensuivent. Dans la tourmente que nous traversons, une succession de révélations humilient le corps entier de l’Église ; il est certainement légitime de regarder le passé de la façon la plus objective qui soit et de faire la part des fautes personnelles, des aveuglements collectifs et des silences des diverses institutions ; et il faudra en tirer les leçons pour l’avenir. Cette humiliation conduit à l’humilité, et donc à compter sur la force du Seigneur qui fait connaître son salut aussi à travers cette douleur. Demeurer humblement et sans peur devant le Seigneur nous convertira, nous rendra plus fidèles.

Le troisième enseignement rappelle que tous les ministres du Seigneur et de son Évangile sont d’abord et pour toujours des serviteurs. C’est vraiment ce que signifie l’ordination de diacres, dont le nom veut dire : serviteurs. Nous, évêques et prêtres, avons été ordonnés diacres et nous voulons rester des serviteurs de vous tous, en servant Celui qui nous a appelés. Vous, diacres, avez pour première mission de rappeler à toute l’Église et à chacun des baptisés que la suite du Christ nous fait serviteurs. Aucune carrière ne se présente aux fidèles du Christ. Aucun esprit de domination ne peut les animer. Aucune recherche de promotion ou de mise en vedette. Aucune façon de se vouloir supérieur. Rien ne justifie les attitudes méprisantes et hautaines. Le service de l’évangile exige l’humilité, la simplicité, la douceur, la tendresse.

Alors, diacres, vous vivrez et vous aiderez toute l’Église diocésaine à vivre la « conversion missionnaire » à laquelle j’ai appelé l’Église dans ma lettre pastorale de la Pentecôte dernière. Nous prions et prierons sans cesse pour que le Seigneur lui-même vous accorde, et nous donne aussi cette fidélité inventive et pleine d’espérance.

 

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