Messe de minuit 2011

  • Mise en ligne : 24/12/2011
noel cathedrale 2011

Samedi 24 décembre 2011, homélie de Mgr Laurent Ulrich, en la cathédrale Notre-Dame-de-la-Treille.

    Voilà, il y eut donc un recensement à l’époque de la naissance de Jésus. Un recensement, il y en a désormais en permanence dans nos populations. Cela se faisait autrefois à date fixée par les pouvoirs publics, cela se fait maintenant de façon permanente, et l’on nous a dit, il y a quelques jours, que nous étions sept milliards d’humains sur la terre... Est-ce que vous savez combien il y en avait à l’époque de Jésus ?... On imagine à peu près deux cent cinquante millions et ce chiffre a été stable pendant dix siècles ! Il n’a grandi qu’après et surtout à partir du début du XIXème siècle, pour nous trouver aujourd’hui si nombreux. A quoi ça sert, un recensement ? Cela sert évidemment aux responsables de la vie publique, aux responsables de la vie politique, pour la prévision de toutes sortes de besoins : en routes, en eau, ou en approvisionnements, la sécurité, les besoins sanitaires, etc... C’est un signe de la puissance publique qui a besoin de compter et de prévoir, et qui manifeste là son pouvoir sur nous, sur tous, sur la population que nous sommes.

C’est peut-être évidemment une tentation de vouloir compter là la force dont on dispose, la puissance d’un pays, d’une nation. Cela a été une tentation contre laquelle David en son temps n’avait pas su résister. Il lui avait fallu faire pénitence devant le Seigneur parce qu’il avait voulu se mesurer à lui en comptant la population dont il disposait, et en mesurant la puissance dont il était éventuellement capable, mais il s’était rendu compte qu’en cherchant cela, il voulait se mesurer à Dieu, et c’était, il l’a senti très vite, une marque d’orgueil, de puissance, mal placée... Il se trouve que, dans un recensement on est capable de compter des unités et des foules, mais peut-être bien qu’on n’est pas capable de sentir le qualitatif, la qualité des relations qui s’établissent entre les hommes et d’ailleurs probablement qu’on ne compte pas tout le monde... Est-ce que vous vous êtes déjà demandé s’il était bien sûr que l’on avait recensé tout le monde en Chine ou en Inde, en ces peuples où il y a plus d’un milliard d’habitants ?
Et voilà que Jésus, il n’y avait pas de place pour lui dans la salle commune. On peut se demander s’il a été compté, finalement. Les recensements ne comptent finalement pas de façon très juste et surtout ils passent à côté de ce qualitatif des relations entre les hommes...

Il n’y a que les anges dans le ciel, et ils sont invisibles, il n’y a que les bergers et ils ne comptent pour rien dans la société, et nous, qui sommes avec eux, avec les anges, je veux dire, et avec les bergers, avec ceux qui ne comptent pour rien et avec ceux que l’on ne peut pas compter parce qu’on ne les voit pas. Il n’y a que nous avec eux, les anges et les bergers, pour attirer l’attention sur ce qui ne se compte pas, dans la vie des hommes, et sur ce qui ne compte pas, ce qui compte pour rien...
C’est dans la foi que nous pouvons mesurer, sentir, percevoir, ce qui se dit aujourd’hui au milieu de cette nuit. Nous entendons avec les anges et avec les bergers une parole extraordinaire qui nous dit : J’ai pour vous une bonne nouvelle ! Voilà ce que des yeux, des oreilles qui ne cherchent pas d’abord à comptabiliser peuvent entendre : Il y a une bonne nouvelle pour nous, pour l’humanité, de savoir que Dieu vit avec elle. Ceux qui sont attentifs comme les anges et comme les bergers sont capables d’entendre cette autre parole qui dit : Ne craignez pas pour les événements à venir, pour les événements de votre vie, pour les événements du monde, parce qu’il y a une bonne nouvelle. Il n’y a que les anges et que les bergers, et nous-mêmes aussi avec eux pour nous réjouir de cela et pour être attentifs de telle sorte que nous soyons portés à l’action de grâce et que nous chantions : Gloire à Dieu ! Voilà ce sur quoi nous sommes invités à être le plus attentifs : à ce qui ne compte pour rien, à ce qui ne se compte pas, et attentifs à ce qui change peu à peu le cœur de l’homme, le met dans la joie, le met dans la paix, dans l’absence de crainte devant les événements, devant les relations. Alors nous pouvons faire attention, comme on dit aujourd’hui, aux signaux faibles. Ce n’est pas la puissance qui change le monde, mais ce sont ces signaux faibles par lesquels le cœur de l’homme se change.
J’en indique trois, parce que tout simplement nous pouvons les voir dans le rassemblement que nous formons : d’abord, que nous sommes-nous, nous, petit troupeau, petit peuple, plus grand probablement que nous n’imaginons parce qu’il se réunit sur la terre entière, mais que sommes nous, nous qui sommes simplement venus écouter une parole de paix, qui sommes venus écouter une parole de joie, qui sommes venus chanter la gloire de Dieu ensemble ? Cela est capable de changer profondément notre cœur à nous, cela est capable de transformer profondément le cœur des hommes à cause des relations que nous avons avec eux, voilà un de ces signaux qui nous sont donnés.
J’en vois un autre : nous sommes chrétiens par toute la terre, de diverses confessions, parfois divisées au cours de l’histoire et même opposées, et voilà que nous cherchons à vivre sur le chemin de l’œcuménisme, de la recherche de l’unité dont la présence du Père Aimilianos, curé de la paroisse grecque-orthodoxe est ici un signe ce soir, il fête avec nous ce soir la Nativité avant de la fêter avec ses paroissiens demain matin. La recherche œcuménique qui ne fait peut-être pas trop de bruit dans le monde, qui ne crée pas forcément beaucoup d’émotion en dehors de nos cercles, elle change quelque chose d’important à la relation entre les chrétiens et elle leur donne peut-être ce plus grand désir de l’unité de tout le genre humain, elle préfigure cela.
Et puis dans notre diocèse, où nous sommes en train de vivre la deuxième année de préparation du centenaire, nous avons le 8 décembre ici envoyé en mission la Vierge du centenaire. Elle a déjà été à la rencontre de quelques paroisses et de quelques groupes des diocésains de Lille. Il faut y voir ici aussi un de ces signaux faibles, pas aperçus de très loin, mais capable de changer nos cœurs, capables de changer nos relations, capables de nous disposer par toutes les rencontres que cette visitation de la Vierge du centenaire fera au milieu de notre diocèse . Elle suscitera mille et une rencontres dans lesquelles des hommes, des femmes, de enfants, des jeunes, des adultes, des personnes bien portantes, des malades, des personnes handicapées seront capables de se dire les unes aux autres : « Ne craignez pas, j’ai pour vous une bonne nouvelle, une grande joie, gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes qu’il aime ! »

+ Mgr Laurent Ulrich

Lire aussi
A vivre aussi
Agenda