Messe d'action de Grâce

  • Mise en ligne : 19/03/2013
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Mardi 19 mars 2013, homélie de Mgr Laurent Ulrich, archevêque de Lille, pour l’élection et l’inauguration du ministère du Pape François, en la cathédrale Notre-Dame-de-la-Treille.

Textes de la saint Joseph

C’est l’une des promesses les plus fameuses de la première Alliance. Le roi David est débarrassé de ses adversaires, il est installé comme roi sur l’ensemble des tribus, il a conquis Jérusalem, il y a apporté l’arche d’Alliance, il a un palais : ce ne sont pas encore les fastes de Salomon, mais c’est déjà significatif du pouvoir qu’il a conquis, avec l’aide du Seigneur. Il est au sommet de la montagne de Jérusalem, au sommet de sa puissance. Il a pourtant conscience de sa fragilité, il demeure humble, il vient même de s’humilier lui-même devant l’arche et devant sa femme qui l’a traité de vaurien parce qu’il a dansé de façon inconvenante devant son peuple !

Mais il voudrait faire une demeure pour Dieu, avec cette arche de l’alliance, le signe de Dieu au milieu du peuple nomade. Vois, dit-il à son prophète Nathan, j’habite un palais de cèdre, et Dieu est toujours sous la tente. Il faut donc que je construise une maison pour Dieu, qu’il soit bien installé au milieu de nous, dignement, mieux que moi. Et le prophète qui a acquiescé, dans un premier temps, médite sur l’œuvre de Dieu et ses dons, et il revient vers David et lui dit : Non, ce n’est pas toi qui construiras le temple du Seigneur, c’est ta descendance après toi. Le Seigneur va te donner cette descendance qui le servira au long des siècles à venir. C’est Lui qui construit la vraie maison, qui n’est pas de pierre ou de bois, mais qui est la maison de ta famille. 

La vraie résidence de Dieu au milieu des hommes, c’est l’humanité qui grandit, qui accueille les dons de Dieu, c’est la famille humaine qui rend gloire à Dieu par sa façon de vivre et d’aimer, par sa façon de prier et de rendre grâce, de respecter la création de Dieu et les hommes. Toi, David, ne t’inquiète pas de construire à Dieu une demeure, mais occupe-toi de son peuple, qu’il soit fidèle à l’alliance qu’il lui propose.

C’est le sens de la parole du prophète Nathan à David. Il veut l’assurer de deux choses : d’abord que David n’a pas à se soucier de la puissance de sa royauté, ni d’assurer par lui-même son pouvoir par des signes extérieurs, parce que c’est Lui, Dieu, qui l’a choisi pour mener son peuple. D’autre part, que David n’a pas d’autre hommage à rendre à Dieu que celui de faire sa volonté au milieu de la vie des hommes, de le servir fidèlement, humblement, de guider le peuple en le conduisant avec foi. La maison, la descendance, le successeur, la royauté, le trône n’ont pas d’autre objet que de pérenniser le service du Dieu vivant.

Cette parole résonne en nous particulièrement aujourd’hui. Nous venons de recevoir un nouveau Pape, en la personne de celui qui a choisi le nom de François, en référence au Pauvre d’Assise. Lui qui avait d’abord compris, un peu à la manière de David, qu’il fallait reconstruire la chapelle en ruine. Et qui était prêt à s’y donner avec beaucoup de dévouement et d’enthousiasme. Mais ce que Dieu demandait à François, c’était de se consacrer au signe de la présence du Christ au milieu des hommes : c’est l’Eglise faite de pierres vivantes, l’Eglise faite des hommes que nous sommes. Pour qu’elle soit un signe vivant de la fraternité que Dieu aime, pour qu’elle soit au service de l’humanité de l’homme. 

Et nous comprenons que ce nouveau Pape, que nous ne connaissons pas encore bien, veut montrer cette route-là. Que l’Eglise soit bien une Eglise faite d’hommes, de témoins, d’auditeurs de la parole de Dieu, de serviteurs des frères et surtout des plus démunis. Une Eglise qui ne domine pas, et ne s’impose pas, mais qui écoute, chemine avec les hommes, se tourne vers son Christ, et sait que sa richesse c’est le trésor de cette relation.  

Oui, nous avons déjà vu et entendu le Pape. Dans ses gestes simples, dans ses paroles chaleureuses, et dans sa prédication, il a déjà montré que le Christ est le centre de notre vie personnelle et de notre vie d’Eglise. Il nous a demandé de cheminer, parce que la vie de chacun est une vraie démarche quotidienne où il faut avancer. Il a demandé de construire, d’édifier a-t-il dit, parce qu’il ne s’agit pas que chacun suive seulement son propre fil rouge, mais qu’il le croise avec les autres pour faire un tissage solide, solidaire, une famille, une maison, une demeure pour que chacun y trouve sa place. Et puis François a ajouté : confesser. C’est-à-dire : confesser le Christ, professer la foi. Dans notre Eglise en France, depuis plus de quinze ans, nous disons : proposer la foi ! Cela signifie : écouter ce que les autres disent, se laisser interroger sur notre façon de vivre et de servir, et être capable de prononcer notre confiance indéfectible dans le Seigneur ; confiance qui donne sens à notre vie, confiance qui anime nos combats de tous les jours, notre espérance, et notre amour des frères.

C’est le chemin d’Abraham, qui avait été destinataire lui aussi d’une promesse. Au long des générations, il y aurait d’autres croyants, une multitude de serviteurs de Dieu qui lui feraient confiance, qui bâtiraient avec lui la maison de l’humanité, qui ne désespéreraient pas des situations si complexes, et contradictoires auxquelles il faudrait faire face. Et cette promesse, elle se renouvelle de génération en génération. Nous la croyons aussi. Nous savons que l’Eglise de notre temps vit des situations difficiles à interpréter. Tant d’hommes ne l’écoutent pas et n’accueillent pas le signe de Dieu, par indifférence, par refus, par révolte, par incompréhension, par le sentiment que c’est inutile. Parce qu’ils ne se sentent pas invités, parce qu’ils ne sont pas accueillis, parce qu’ils ne rencontrent pas d’interlocuteurs, parce qu’ils trouvent que notre témoignage est faible, insuffisant ou contradictoire.

Nous avons encore devant nous ce soir le visage de Joseph, l’époux de Marie, le juste, le discret, l’homme droit. Il ne comprend pas bien ce qui lui arrive ; il a besoin de méditer ces événements. Il a besoin de faire confiance au Seigneur, et c’est parce qu’il fait confiance à Dieu qu’il comprend, non pas du premier coup, mais après le songe de la nuit, le silence de la prière et de la méditation. Il sait que Dieu ne peut pas vouloir le péché, ou couvrir l’erreur. 

On dit que notre nouveau Pape avait déjà reçu comme une sollicitation, il y a huit ans, lors du conclave précédent ; c’était comme une annonce, et cette fois-ci il a perçu qu’il ne pouvait pas se dérober pour montrer à l’Eglise le chemin qu’elle devra suivre. Il s’agit toujours pour l’Eglise de montrer le Christ dans le monde où nous vivons, dans les circonstances de la vie la plus ordinaire, dans le visage des pauvres, dans le silence de l’écoute, dans l’émerveillement de la foi.

Au début de ce pontificat du Pape François, rendons grâce à Dieu pour ce qu’il nous permet d’entrevoir de la mission renouvelée de son Eglise ; que le Pape nous y encourage, qu’il y soit lui-même fidèle, et que nous le suivions sur le chemin.

Mgr Laurent Ulrich,
archevêque de Lille